Démarrer l'essai gratuit
EnglishEnglish
EspañolSpanish
简体中文Chinese
繁體中文Chinese (Traditional)
FrançaisFrench
DeutschGerman
日本語Japanese
PortuguêsPortuguese
ItalianoItalian
한국어Korean
РусскийRussian
NederlandsDutch
العربيةArabic
PolskiPolish
हिन्दीHindi
Tiếng ViệtVietnamese
SvenskaSwedish
ΕλληνικάGreek
TürkçeTurkish
ไทยThai
ČeštinaCzech
RomânăRomanian
MagyarHungarian
УкраїнськаUkrainian
IndonesiaIndonesian
DanskDanish
SuomiFinnish
БългарскиBulgarian
עבריתHebrew
NorskNorwegian
HrvatskiCroatian
CatalàCatalan
SlovenčinaSlovak
LietuviųLithuanian
SlovenščinaSlovenian
СрпскиSerbian
EestiEstonian
LatviešuLatvian
فارسیPersian
മലയാളംMalayalam
தமிழ்Tamil
اردوUrdu
Searching...
SoBrief
Père manquant, fils manqué

Père manquant, fils manqué

Que sont les hommes devenus ?
par Guy Corneau 1991 202 pages
3.92
439 évaluations
Écouter
Immersif
V2.1
Amazon Kindle Audible
Essayez l'accès complet pendant 3 jours
Débloquez l'écoute et bien plus !
Continuer

Points clés

Pas un seul homme dans la salle ne se sentait homme

Split panel diagram illustrating how secure identity relies on a solid fatherly foundation, while an absent fatherly base causes masculine identity to tilt and fracture.

Lorsque Corneau, analyste jungien à Montréal, réunit vingt et un hommes pour un atelier et leur demanda s'ils se sentaient hommes, pas un seul ne répondit oui, y compris des pères mariés depuis vingt ans. Sa thèse : l'identité masculine n'est pas un acquis que l'on possède, mais une structure fragile qu'il faut construire, et elle s'effondre quand les pères sont absents. L'absence, ici, est entendue au sens large. Elle inclut le père physiquement disparu, mais aussi celui qui est à la maison tout en restant émotionnellement muet, alcoolique, tyrannique ou retranché derrière son journal.

Il étaye son propos par des données : à son époque, un enfant américain sur cinq vivait dans un foyer sans père, et des études américaines estimaient le temps d'attention moyen qu'un père consacrait à ses enfants à neuf minutes par jour. Les fils en paient le prix par une identité chancelante.

Analyse

Le cadrage fonctionne parce qu'il sépare la biographie de la réalité ressentie. Un homme peut être père et se sentir néanmoins comme un garçon jouant un rôle. La recherche contemporaine confirme le mécanisme, sinon le mysticisme : l'absence paternelle est corrélée à une moins bonne régulation émotionnelle et à des comportements à risque plus élevés chez les garçons, bien que la causalité soit enchevêtrée avec la pauvreté et les conflits. Ce qui est précieux, c'est que Corneau recadre la masculinité comme un accomplissement plutôt qu'un donné, anticipant ainsi les travaux ultérieurs sur la masculinité comme performance nécessitant une validation sociale. Le chiffre de neuf minutes est daté et imprécis, mais l'affirmation sous-jacente — que la présence se mesure en attention plutôt qu'en proximité — reste percutante.

Les pères transmettent le silence comme une maladie héréditaire

Generational timeline of three silhouetted fathers and sons passing heavy blocks of silence, with the final son letting his block shatter on the ground to break the cycle.

Corneau commence par sa propre blessure : enfant, il s'asseyait dans le fauteuil de sa mère à côté de son père, inventant des questions sur les fusées et le travail, désespéré d'obtenir un mot qui ne venait jamais. Le silence du père était pris pour de la force. Il appelle cela la loi du silence, un code tacite selon lequel un père qui parle vraiment menacerait en quelque sorte la solidarité masculine. Les hommes fuient dans les tavernes, les voitures, la télévision et le travail, évitant leur corps et leurs relations sous une pseudo-indépendance qui n'est en réalité que repli sur soi.

Il projette ce schéma sur le mythe chrétien : saint Joseph apparaît à peine dans la vie de son fils et est absent à la crucifixion, tandis que le Christ crie que même son père céleste l'a abandonné. Le silence se transmet de génération en génération, jusqu'à ce qu'un fils décide de le briser.

Analyse

Cette intuition va à l'encontre du récit flatteur que les hommes se racontent à eux-mêmes — que la réserve serait signe de profondeur ou de stabilité. Corneau la recadre comme un évitement transmis. Cela rejoint la théorie de l'attachement : des figures d'attachement émotionnellement indisponibles produisent des enfants qui apprennent que leurs besoins resteront sans réponse, et qui cessent donc de les exprimer. Cela rejoint aussi les travaux sur l'alexithymie, la difficulté à nommer ses émotions, plus fréquente chez les hommes socialisés dans le stoïcisme. Une nuance s'impose : tous les pères silencieux ne sont pas absents, et certaines cultures encodent l'amour dans l'action plutôt que dans les mots. Corneau le reconnaît, notant que son propre père lui a rendu possible l'éducation qui lui avait été refusée à lui-même. Le silence blesse surtout quand un fils l'interprète comme un rejet.

Les femmes sont tout simplement ; les hommes doivent être fabriqués

Split-panel diagram showing the developmental contrast between a closed mother-son dyad with an excluded father, and a healthy father-mother-son triangle where the father mediates boundary integration.

La biologie plante le décor, soutient Corneau. Tout embryon commence par être féminin, et la masculinité est ajoutée ensuite — ce qu'il interprète comme un indice de sa fragilité. La première identification de l'enfant se fait avec la mère. Pour devenir un homme, le garçon doit transférer cette identification vers le père, un passage de relais si délicat que presque toutes les sociétés tribales l'imposent par des rites d'initiation masculins élaborés, tandis que les rites féminins sont plus rares parce que les menstruations offrent aux filles un passage naturel vers la féminité.

La configuration saine est un triangle : père, mère, fils. Le père est le premier non-mère, le tiers dont la présence met fin à la fusion bienheureuse mère-enfant et dit, en substance : elle est ma femme et elle m'aime aussi. Sans lui, le garçon reste prisonnier de la dyade mère-fils, un géant aux pieds d'argile.

Analyse

L'embryologie comme métaphore est poétique, mais il ne faut pas la confondre avec un argument scientifique selon lequel la masculinité serait intrinsèquement instable ; c'est un saut interprétatif, pas un fait. Néanmoins, le noyau anthropologique est bien documenté : les rites d'initiation pour les garçons sont remarquablement répandus à travers les cultures, un schéma que des chercheurs comme Van Gennep et plus tard David Gilmore ont étudié de près. Gilmore a constaté que la virilité est traitée comme un statut précaire qui doit être conquis et peut être perdu, presque partout où il a regardé. Le triangle de Corneau fait aussi écho à la fonction paternelle de Lacan — le père comme celui qui introduit la loi et la séparation. Le cadre est puissant, bien que ses présupposés hétéronormatifs et binaires paraissent datés aux lecteurs contemporains.

Les garçons élevés uniquement par leur mère finissent par avoir peur de leur propre corps

Parce que la mère crée et prend soin du corps du nourrisson, l'enfant associe la sensualité, le toucher, les larmes et la tendresse à elle. Quand le père reste en dehors, le fils en conclut que tout le domaine du corps et du ressenti appartient aux femmes. Alors, pour prouver qu'il n'est pas une femme, il ampute sa propre sensibilité. Un vrai homme, dit le code, ne pleure pas, ne danse pas, ne ressent pas trop. La masculinité se définit par tout ce qu'elle refuse.

L'ironie cruelle : la société attend ensuite de ces hommes émotionnellement amputés qu'ils soient des partenaires intimes et des pères chaleureux. Corneau soutient que les hommes ont besoin d'être touchés et tenus pour se sentir vivants, et qu'un père qui câline son fils ne devient pas un père maternant — il devient simplement un père, donnant une réalité à un mot qui était presque vide de sens.

Analyse

C'est le fil le plus humain du livre. L'affirmation selon laquelle la masculinité se construit négativement — comme une fuite du féminin plutôt que comme une identité positive — rejoint l'argument influent de la sociologue Nancy Chodorow : les garçons forment leur identité par le rejet de la mère, tandis que les filles la forment par la connexion. L'argument physiologique sur le toucher est sous-estimé et aujourd'hui mieux étayé : le contact cutané régule le cortisol et l'ocytocine tout au long de la vie, et la privation de toucher a des effets mesurables. Le saut de Corneau vers les hommes polluant la Terre-Mère comme vengeance inconsciente contre le corps féminin est plus provocateur que convaincant — une envolée spéculative qui étire une observation clinique en métaphore planétaire sans preuves.

L'homophobie est la terreur de sa propre tendresse enfouie

Corneau utilise le concept jungien de l'ombre — les parts désavouées de nous-mêmes que nous ne supportons pas de voir. Les hommes conditionnés à réprimer l'émotion et la sensualité n'éliminent pas ces traits ; ils les projettent sur d'autres hommes, en particulier les homosexuels, puis les attaquent. Plus un homme nie son propre cœur et son propre corps, plus il hait les homosexuels avec virulence. Il note le préjugé irrationnel selon lequel on ne pourrait pas faire confiance aux hommes gays auprès des enfants, alors que la plupart des agressions sexuelles sur enfants sont commises par des hommes hétérosexuels timides.

Chaque personne, soutient-il, éprouve des pulsions érotiques et affectueuses envers le même sexe — c'est la racine de l'amitié et de l'admiration. Les hommes confondent identité et orientation. La peur d'être gay empoisonne les amitiés masculines et empêche les pères de toucher leurs fils.

Analyse

Écrit en 1991, ce passage apparaît comme remarquablement progressiste pour sa filiation psychanalytique, qui historiquement pathologisait l'homosexualité. Corneau refuse explicitement de traiter ses patients gays comme ayant besoin de conversion et cite la découverte de Kinsey selon laquelle 37 % des hommes américains avaient eu une expérience homosexuelle jusqu'à l'orgasme après la puberté, recadrant l'orientation comme un continuum. La thèse de la projection a un soutien empirique : des études ont montré que les hommes exprimant l'hostilité anti-gay la plus forte présentent parfois une excitation accrue face à des stimuli homosexuels, ce qui est cohérent avec la formation réactionnelle. Là où l'argument force le trait, c'est en lisant toute homosexualité comme une recherche inconsciente du père manquant — un geste interprétatif réducteur que Corneau lui-même signale comme nécessairement incomplet.

Manquer de père, c'est comme manquer de colonne vertébrale, alors les hommes s'en fabriquent une

L'affirmation structurelle de Corneau : un père absent laisse un fils sans échafaudage intérieur, un état qu'il appelle le complexe du père négatif. Un tel homme ne peut pas facilement se fixer des objectifs, faire des choix, ou distinguer l'amour du désir, l'affection de l'appétit. Il n'est sûr de rien. Alors il construit une structure de l'extérieur plutôt que de l'intérieur.

Chaque compensation a sa signature. Le performeur remplit chaque moment vide de tâches importantes. Le Don Juan structure ses journées autour de la conquête sexuelle. Le culturiste blinde un intérieur fragile sous les muscles. Le dogmatique masque l'incertitude par des opinions catégoriques. Le rebelle rejoint un gang pour obéir à un père primitif. La règle empirique de Corneau : plus la coquille extérieure est bruyante, plus la maison intérieure est vide. Toutes ces stratégies existent pour cacher un besoin ardent d'être touché, aimé et reconnu.

Analyse

La métaphore de la colonne vertébrale est mémorable et cliniquement utile. Elle recadre la fanfaronnade, le workaholisme et la séduction compulsive non comme des forces mais comme des prothèses pour une structure interne absente. Cela résonne avec la théorie de l'autodétermination, qui distingue la motivation intrinsèque — l'action guidée de l'intérieur — du comportement régulé de l'extérieur, dépendant de l'approbation et de la récompense. Corneau décrit essentiellement des hommes bloqués dans la régulation externe. Le parallèle avec la littérature sur le narcissisme est explicite ; il invoque Kohut et Lasch. Une objection légitime : le cadre est si flexible qu'il risque l'infalsifiabilité, puisque presque tout comportement masculin peut être lu comme une compensation de l'absence. Sa valeur est heuristique plutôt que diagnostique — une lentille pour l'examen de soi, pas un test.

Dix masques masculins qui maintiennent les hommes dans la répétition de scénarios infantiles

Corneau met en scène un théâtre fictif, le Théâtre de la Virilité, distribuant dix types de fils perdus qui rejouent compulsivement des rôles appris dans l'enfance. Le problème n'est pas le rôle en soi, mais l'identification totale à celui-ci, qui emprisonne l'homme. Quelques exemples :

1. Bob le Héros, qui se produit sans fin pour obtenir des applaudissements et se sent secrètement imposteur.
2. Vince le Bon Garçon, doux en surface, bouillonnant en dessous — un Incroyable Hulk passif-agressif.
3. Éric l'Éternel Adolescent, le puer, éternellement prometteur, jamais engagé, grisé par les rêves.
4. Pierre le Séducteur, collectionnant des fragments de femmes pour construire une mère idéale qu'il n'a jamais eue.
5. Chris le Dépendant, noyé dans une quête d'extase dionysiaque qui se transforme en mère dévorante et sombre.

Chaque masque, insiste-t-il, est en réalité une histoire de père manquant déguisée en histoire de mère envahissante.

Analyse

Le procédé théâtral est plus qu'un artifice élégant ; il extériorise le complexe jungien comme un scénario qui joue l'acteur plutôt que l'inverse. Ce geste rappelle l'analyse transactionnelle et Des jeux et des hommes d'Eric Berne, où les gens suivent des scénarios de vie répétitifs, ainsi que la thérapie des schémas moderne, qui cartographie les schémas précoces inadaptés se réactivant sous le stress. L'affirmation thérapeutique clé de Corneau est libératrice : l'objectif n'est pas de cesser d'être un héros ou un séducteur, mais de cesser d'être inconsciemment gouverné par le rôle, afin de pouvoir le jouer par choix. Le risque des typologies est que les lecteurs choisissent une étiquette flatteuse. Corneau s'en prémunit en notant que la plupart des hommes combinent plusieurs masques.

L'agressivité refoulée ne disparaît pas ; elle vous possède

Corneau reprend le conte des frères Grimm de Jean de Fer, l'homme sauvage couleur de rouille trouvé au fond d'un étang, enfermé dans la cour du château. Le garçon ne peut le libérer qu'avec une clé cachée sous l'oreiller de sa mère — image saisissante de cette vérité : l'énergie instinctive brute d'un fils est contrôlée par la mère. L'agressivité ici n'est pas la violence, mais l'affirmation de soi saine — la capacité de résister, de poser des limites et de se défendre.

Quand un garçon est puni pour sa colère, cette énergie ne disparaît pas. Elle se retourne vers l'intérieur sous forme de haine de soi et de dépression, trouve un bouc émissaire, vénère l'agresseur, ou s'érotise en sadomasochisme. Ses patients rêvent de voleurs et de tigres qu'ils refusent d'affronter, projetant leur propre férocité à l'extérieur. Parce qu'ils ne veulent pas avoir leur agressivité, c'est elle qui les a.

Analyse

La distinction entre l'agressivité comme vitalité et l'agressivité comme violence est l'idée porteuse, et elle est solide. Les travaux cliniques sur la suppression de la colère associent l'inhibition chronique à la dépression et aux symptômes psychosomatiques, ce qui est cohérent avec les cas de Corneau. Sa méthode thérapeutique — faire imaginer vivement au patient la violence envers le complexe maternel plutôt qu'envers la mère réelle — est essentiellement de l'imagination active guidée, une catharsis contenue dans le symbole. Les données modernes sur la catharsis sont mitigées ; l'expression peut parfois répéter la colère plutôt que la décharger. Mais l'objectif de Corneau est plus subtil que la simple décharge : il s'agit de l'intégration consciente de l'ombre pour que la pulsion puisse être assumée et gouvernée. Le lien avec Robert Bly situe cela dans le mouvement des hommes de l'époque.

Les hommes poursuivent les femmes comme des miroirs pour prouver qu'ils sont des hommes

Corneau soutient que lorsqu'un père n'a jamais confirmé la virilité de son fils, celui-ci passe sa vie à chercher cette confirmation dans le regard des femmes. Il appelle cela être en manque de femmes. Le Casanova de Fellini fait l'amour à d'innombrables femmes sans jamais être touché émotionnellement, parce que ressentir le lierait et que le lien lui semble mortel. La pornographie fonctionne de la même manière : les femmes de papier lui murmurent qu'il est puissant, offrant un miroir de virilité sans risque de contact réel.

Il relie cela à une peur de l'intimité enracinée dans la mère. Le corps féminin est le lieu d'où il vient, de sorte que celle qui a donné la vie peut aussi la reprendre. Le voyeurisme, note-t-il, est du sexe à distance de sécurité. Le remède n'est pas de condamner le désir mais de l'honorer, de célébrer Éros plutôt que de le dégrader en simple assouvissement.

Analyse

Recadrer la promiscuité et la pornographie comme une réparation identitaire plutôt que comme un simple appétit est véritablement utile et non moralisateur. Cela anticipe le cadrage clinique ultérieur de la sexualité compulsive comme un problème d'attachement et de régulation des affects, et non simplement un excès de libido. L'insistance de Corneau sur le fait qu'un homme en manque de femmes est en réalité en manque de confirmation masculine est une inversion percutante. Son plaidoyer pour célébrer Vénus, citant le Kama Sutra et le Cantique des Cantiques contre un héritage chrétien répressif, positionne la honte sexuelle comme la véritable pathologie. Une limite : son récit est centré sur le regard masculin et traite les femmes largement comme des instruments dans le drame de l'homme — un cadrage que les lectrices féministes interrogent à juste titre, bien que le projet plus large de Corneau soit précisément de démanteler cette instrumentalisation.

La blessure du Roi Pêcheur : une virilité construite uniquement de l'extérieur

Dans la légende du Graal, le jeune Perceval tue le Chevalier Vermeil et revêt son armure étincelante, mais en dessous porte encore les vêtements doux que sa mère lui a cousus. Il est macho à l'extérieur, fils à maman à l'intérieur. Il rencontre le Roi Pêcheur blessé, atteint à la cuisse (une castration voilée), dont le royaume ne peut guérir tant qu'un hôte ne brise pas le silence et ne pose pas la question sur la lance qui saigne. Perceval reste poli et silencieux, et tout le monde en souffre.

La lecture de Corneau : la masculinité occidentale, comme l'armure de Perceval, est construite entièrement de l'extérieur — disciplinée, compétitive, désincarnée. Le christianisme a séparé le noble corps supérieur du corps instinctif inférieur. L'initiation tribale, en revanche, était humide, sale et corporelle, reconnectant le garçon à la terre et au sang. La blessure ne guérit que lorsqu'un homme brise son silence et parle.

Analyse

L'exégèse du Graal est la pièce maîtresse mythique du livre et son passage le plus littéraire. Lire la blessure à la cuisse comme une castration symbolique et la question requise comme la rupture du silence masculin confère à la légende une charge thérapeutique. La scission corps supérieur/corps inférieur qu'il attribue au dualisme chrétien fait écho à la critique nietzschéenne de la morale de l'au-delà et du déni du corps, et anticipe l'insistance de la psychologie somatique sur le fait que la guérison doit être incarnée, et non simplement cognitive. Le contraste de Corneau entre une initiation sèche, blindée et héroïque et une initiation humide, terreuse et tribale est évocateur, bien qu'il risque de romantiser les rites indigènes, dont certains impliquaient un traumatisme réel. Le point essentiel demeure : une identité qui n'est que surface et pas d'intérieur reste perpétuellement blessée.

Votre effondrement est peut-être une initiation différée qui réclame votre attention

Puisque les pères n'initient plus leurs fils et que les rituels ont disparu, Corneau soutient que la psyché improvise. Il appelle cela la faim d'initiation, et ses formes modernes sont laides : divorce, accidents de voiture, ulcères, faillite, épuisement professionnel et surtout dépression. Les hommes entrent rarement en thérapie par désir d'introspection ; ils ne viennent que lorsque tout s'effondre, espérant que l'analyste les réparera comme un mécanicien sans qu'ils aient à changer.

La dépression, insiste-t-il, peut être bénéfique si elle est pleinement vécue plutôt que combattue. Elle brise l'illusion de contrôle de l'ego et force un homme à affronter son ombre et ses vrais besoins. Il raconte sa propre colite ulcéreuse, annoncée par un rêve d'une femme fiévreuse nommée Maria, comme une révolte du corps qui finalement le ramena à la vie. Ce qui est créatif en nous, comme le dieu laid Héphaïstos précipité de l'Olympe, apparaît souvent d'abord sous une forme repoussante.

Analyse

Recadrer la dépression comme initiation plutôt que comme dysfonctionnement est l'affirmation thérapeutique la plus audacieuse du livre, et elle comporte un risque réel autant qu'une intuition réelle. Le danger est de romantiser la dépression clinique sévère, qui nécessite parfois un traitement médicamenteux et peut être mortelle — pas simplement un passage vers le sens. La colite récurrente de Corneau, qu'il mentionne honnêtement, fragilise tout arc de rédemption trop net. Pourtant, le noyau résonne avec la recherche sur la croissance post-traumatique et avec la vision jungienne des symptômes comme communications signifiantes de l'inconscient. L'idée que la crise démantèle un faux soi construit sur la validation externe rejoint la littérature sur la transition du milieu de vie. À lire ainsi : ne gaspillez pas votre effondrement ; interrogez ce qu'il tente de corriger.

Devenez le père que vous n'avez jamais eu en vous engendrant vous-même

La résolution de Corneau est l'auto-engendrement paternel. D'abord, faire le deuil du père idéal — l'archétype impossible qui serait à la fois athlète, artiste, intellectuel et ami. Aucun être humain, seul un dieu, ne pourrait satisfaire cela. L'initiation traditionnelle n'était d'ailleurs jamais accomplie par un seul père biologique, mais par les nombreux pères de la tribu. Ensuite, pardonner au père réel, qui a le plus souvent fait ce qu'il pouvait — pourvoir, se sacrifier et rester silencieux parce que le silence était tout ce qu'on lui avait donné.

Le vide laissé par le père absent devient l'espace qu'un homme remplit de sa propre présence et de sa créativité, qu'il élève des enfants ou qu'il produise des œuvres culturelles. Les outils pratiques incluent la thérapie, les groupes d'hommes comme matrice symbolique, les amitiés masculines et les dialogues imaginaires écrits avec le père. L'acte révolutionnaire ultime est simple et difficile : briser le silence hérité et parler.

Analyse

Le mouvement final est le plus constructif du livre parce qu'il déplace l'agentivité de la plainte vers la responsabilité sans nier la blessure. Faire le deuil du parent idéalisé est une tâche développementale reconnue en psychanalyse, et la recherche sur le pardon l'associe à une diminution de la rumination et à une meilleure santé. La formule de Corneau selon laquelle nous ne pouvons donner que ce que nous n'avons jamais reçu capture la générativité au cœur de l'auto-engendrement paternel, faisant écho au stade générativité versus stagnation d'Erikson. La prescription des groupes d'hommes s'est révélée culturellement prémonitoire, préfigurant le mouvement mythopoétique des années 1990 mené par Robert Bly. La limite honnête : parler et s'engendrer soi-même comme père sont plus faciles à prescrire qu'à accomplir, et le livre offre davantage d'inspiration qu'une méthode pas à pas pour les hommes sans accès à la thérapie ou à une communauté.

Analyse

Corneau écrit dans la tradition jungienne, et cette filiation est à la fois la force et le plafond du livre. Publié au Québec en 1991 sous le titre Père manquant, fils manqué, il appartient au même moment culturel que Iron John de Robert Bly, s'inscrivant dans un mouvement mythopoétique masculin réagissant au féminisme de la deuxième vague en posant la question : que pourrait être, positivement, une masculinité saine ? Sa méthode est la triangulation : matériel clinique, analyse des rêves, mythes (Jean de Fer, le Graal, Dionysos, Narcisse) et anthropologie interculturelle de l'initiation. La thèse récurrente est élégante et quasi falsifiable : l'identité masculine n'est pas innée mais construite par l'identification à un père présent, et sa fragilité moderne généralisée remonte à l'absence physique ou émotionnelle du père.

La contribution la plus forte est le recadrage diagnostique. La fanfaronnade, le workaholisme, la séduction compulsive, l'homophobie et même l'épuisement professionnel sont réinterprétés comme des compensations d'une structure intérieure manquante plutôt que comme des forces ou des défaillances morales. C'est véritablement utile et cela a bien vieilli aux côtés de la théorie de l'attachement et de la recherche sur la suppression émotionnelle chez les hommes. Le traitement de l'homosexualité est remarquablement humain pour son époque psychanalytique, refusant la conversion tout en subordonnant encore, de manière moins défendable, l'identité gay à une recherche du père.

Les faiblesses sont caractéristiques du genre. L'argumentation est fortement interprétative et rarement falsifiable ; presque tout comportement confirme la théorie. La mère est fréquemment présentée comme dévorante ou toute-puissante, l'absence du père étant tenue pour responsable de son rôle démesuré — un geste analytiquement commode mais parfois évasif. Le binarisme de genre est rigide, et les affirmations grandioses (les hommes polluent la terre par vengeance contre le corps féminin) dépassent les preuves. Le livre se lit au mieux non comme de la science mais comme une carte symbolique pour l'introspection. Son don durable est une permission : pour les hommes de faire leur deuil, de sentir leur corps, de briser le silence hérité et de s'engendrer eux-mêmes comme pères. Trois décennies plus tard, au cœur d'un débat renouvelé sur les garçons et les hommes, sa blessure centrale saigne encore.

Dernière mise à jour:

Report Issue

Résumé des avis

3.92 sur 5
Moyenne de 439 évaluations de Goodreads et Amazon.

Père manquant, fils manqué reçoit des critiques mitigées. De nombreux lecteurs le trouvent perspicace, louant son exploration de la masculinité et des relations père-fils. Certains apprécient la perspective jungienne et la trouvent utile pour mieux se comprendre. Cependant, les critiques soutiennent qu'il est dépassé, qu'il généralise à l'excès et qu'il manque de rigueur scientifique. Les discussions du livre sur l'homosexualité et les rôles de genre sont particulièrement controversées. Alors que certains lecteurs le trouvent transformateur, d'autres le considèrent comme simpliste ou difficile à lire. Dans l'ensemble, il est considéré comme stimulant sur le plan intellectuel, mais polarisant.

Your rating:
4.4
244 évaluations
Want to read the full book?

À propos de l'auteur

Guy Corneau était un psychanalyste, auteur et dramaturge canadien. D'abord intéressé par le théâtre, il a ensuite obtenu une maîtrise en éducation et s'est formé comme psychanalyste jungien à Zürich. Corneau a écrit plusieurs livres à succès, dont « Père manquant, fils manqué », qui a été traduit en plusieurs langues. Il a quitté la pratique privée pour se consacrer aux conférences publiques et à l'écriture, donnant des conférences à travers le monde. Les œuvres de Corneau explorent des thèmes tels que la masculinité, les relations et le développement personnel. Son dernier livre, « Revivre ! », a été inspiré par son expérience du cancer. L'approche de Corneau combinait la psychanalyse avec un langage accessible, rendant des idées complexes plus largement disponibles.

Télécharger le PDF

To save this Père manquant, fils manqué summary for later, download the free PDF. You can print it out, or read offline at your convenience.
Download PDF

Télécharger l'EPUB

To read this Père manquant, fils manqué summary on your e-reader device or app, download the free EPUB. The .epub digital book format is ideal for reading ebooks on phones, tablets, and e-readers.
Download EPUB
Want to read the full book?
Follow
Écouter
Now playing
Père manquant, fils manqué
0:00
-0:00
Now playing
Père manquant, fils manqué
0:00
-0:00
1x
Queue
Home
Swipe
Library
Get App
Try Full Access for 3 Days
Listen, bookmark, and more
Compare Features Free Pro
📖 Read Summaries
Read unlimited summaries. Free users get 3 per month
🎧 Listen to Summaries
Listen to unlimited summaries in 40 languages
❤️ Unlimited Bookmarks
Free users are limited to 4
📜 Unlimited History
Free users are limited to 4
📥 Unlimited Downloads
Free users are limited to 1
Risk-Free Timeline
Aujourd'hui : Accès immédiat
Écoutez les résumés complets de plus de 26 000 livres. Soit plus de 12 000 heures d'audio !
Jour 2 : Rappel d'essai
Nous vous enverrons une notification pour vous informer que votre essai se termine bientôt.
Jour 3 : Votre abonnement commence
Vous serez débité le Aug 1,
annulez à tout moment avant.
Consume 2.8× More Books
2.8× more books Listening Reading
Our users love us
600,000+ readers
Trustpilot Rating
TrustPilot
4.6 Excellent
This site is a total game-changer. I've been flying through book summaries like never before. Highly, highly recommend.
— Dave G
Worth my money and time, and really well made. I've never seen this quality of summaries on other websites. Very helpful!
— Em
Highly recommended!! Fantastic service. Perfect for those that want a little more than a teaser but not all the intricate details of a full audio book.
— Greg M
Save 62%
Yearly
$119.88 $44.99/year/yr
$3.75/mo
Monthly
$9.99/mo
Start a 3-Day Free Trial
3 days free, then $44.99/year. Cancel anytime.
Unlock a world of fiction & nonfiction books
26,000+ books for the price of 2 books
Read any book in 10 minutes
Discover new books like Tinder
Request any book if it's not summarized
Read more books than anyone you know
#1 app for book lovers
Lifelike & immersive summaries
30-day money-back guarantee
Download summaries in EPUBs or PDFs
Cancel anytime in a few clicks
Scanner
Find a barcode to scan

We have a special gift for you
Open
38% OFF
DISCOUNT FOR YOU
$79.99
$49.99/year
only $4.16 per month
Continue
2 taps to start, super easy to cancel
Settings
General
Widget
Loading...
We have a special gift for you
Open
38% OFF
DISCOUNT FOR YOU
$79.99
$49.99/year
only $4.16 per month
Continue
2 taps to start, super easy to cancel